La réponse de Poitiers en Commun à la CGT Territoriaux

Photo d'un tract de la soirée "Agir pour la justice sociale"

En réponse aux questions des travailleur·euses de Poitiers, Grand-Poitiers et du CCAS portées par la CGT Territoriaux, Bertrand Geay, notre tête de liste, a formé une longue réponse.
N’hésitez pas à aller directement aux points vous touchant particulièrement.

Chers travailleurs et travailleuses de Poitiers, de Grand Poitiers et du CCAS, chers camarades,

Bien-sûr, nous n’avons pas fait le tour de la question. Mais nous avons acquis la conviction que nos orientations politiques en faveur des services publics devaient se traduire par toute une série de points concrets en étant candidat.es aux responsabilités municipales et communautaires. La question des qualifications et des savoirs de métiers, celle des statuts et des carrières, la clarté des missions et des relations hiérarchiques doivent être traitées avec la plus grande attention.

Le « nouveau management public » qui s’est insinué dans les collectivités publiques a produit beaucoup de dégâts. Il faut lui opposer une autre perspective, qui est simplement celle du service public : des lieux où l’efficacité est recherchée par l’adhésion au sens de la mission, fondée sur un travail d’élaboration collective où tout ne vient pas d’en haut, où les désaccords et les négociations ont leur place, parce qu’ils permettent de construire plus solidement des projets partagés par l’ensemble des personnels.

Bien sûr, nous savons que tout ne va pas si mal, que des négociations se sont tenues et ont permis des avancées. Nous savons aussi que la situation budgétaire est particulièrement difficile et que tout ne sera pas possible. Mais nous voudrions que Poitiers soit un employeur exemplaire en recherchant des méthodes d’organisation du travail et des relations entre la collectivité et les personnels qui permettent d’affronter le plus collectivement possible les difficultés qui découlent du désengagement de l’Etat.

Nous voulons également que les usagers et usagères des services publics jouent un rôle plus important dans leur fonctionnement : parents d’élèves, aidants, utilisateurs des bus, locataires, consommateurs d’eau et producteurs de déchets, habitants plus généralement. Avec la volonté de traiter à égalité toutes les catégories de la population, en luttant contre toutes les formes de discriminations. Là aussi, cela ne va pas forcément de soi, car des intérêts contradictoires s’expriment nécessairement. Mais le fonctionnement démocratique des services publics nous semble une condition essentielle de leur efficacité et de leur rayonnement, et donc de leur défense.

Car, bien-sûr, il s’agit pour nous de ne pas réduire le périmètre des services territoriaux. Ce n’est pas en vendant les parkings ou en sous-traitant des pans entiers des activités de transport ou d’entretien des espaces verts que l’on améliore le service rendu. Les services publics sont notre bien commun. Nous veillerons à les défendre et si possible à réinternaliser certaines activités. Nous nous efforcerons aussi de conserver la maîtrise publique des activités qui ont été mises en délégation, pour ne pas perdre la compétence nécessaire au suivi de ces activités et préparer leur éventuelle réintégration.

Les contraintes imposées par l’Etat sont devenues telles qu’il sera difficile d’empêcher toutes les évolutions déjà engagées. Mais là aussi, nous ferons confiance à la démocratie, en plaçant ces enjeux dans le débat public, en commençant par consulter les personnels et les usagers. Pour cela comme pour le reste, la mobilisation citoyenne sera pour nous un atout et non un obstacle.

Notre premier travail, dès les premiers mois après l’élection, sera d’organiser une consultation des personnels et des usagers, dans un dialogue direct plutôt que par questionnaire et en incluant les organisations représentatives, au plus près des réalités de chaque service. Il ne s’agit pas de lancer une nouvelle réorganisation générale, mais de disposer de toutes les informations nécessaires à l’impulsion d’une nouvelle dynamique démocratique, qui s’appuie sur la connaissance que les agents et les usagers ont des services. Pour prendre également la mesure des statuts à consolider en urgence ou des services dont il faut sans tarder revoir le fonctionnement.

C’est de cette manière que nous aurons la force de résister à la dérégulation en cours, en reconnaissant effectivement aux agents la possibilité d’être des fonctionnaires-citoyens, dont les droits sont reconnus et qui sont eux-mêmes porteurs des principes républicains. Nous serons ainsi plus forts pour résister aux injonctions gouvernementales, lorsqu’elles sont contraires aux principes que nous nous sommes fixés.

1/ Dispositions pour améliorer les conditions de travail

La consultation prévue en début de mandat et le fonctionnement régulier des instances paritaires permettront de repérer les secteurs où des situations problématiques sont à traiter en priorité. Si nécessaire, nous lancerons des réorganisations négociées ou des actions de formation pour que les services fonctionnent en cohérence avec les objectifs démocratiques que nous nous sommes fixés.

2/ Conflits et diminution des revenus découlant de la réforme du congé maladie

Nous porterons une attention particulière aux retours que nous ferons les professionnels de l’écoute et du soin des personnels. Par l’instauration d’un nouveau climat, plus démocratique, et par une intervention dans les secteurs où des situations problématiques existent, notre objectif est de réduire les maladies découlant de conflits interpersonnels ou entre les agents et la hiérarchie

3/ Mises à la retraite sans reclassement

La collectivité a, réglementairement, une obligation de moyens de reclasser les personnels qui ne sont plus en mesure d’exercer leurs fonctions. Dans la période de 12 mois où doit être préparé ce reclassement, il s’agit de proposer des formations et de dialoguer avec la personne concernée pour parvenir à des propositions de reclassement qui lui permettent un nouveau départ professionnel, avec des conditions de travail adaptées à sa situation.

Le service de prévention qui accompagne la personne doit disposer des moyens suffisants pour ce travail d’accompagnement et être considéré comme un allié des directions de services. Cette Période de Préparation au Reclassement (PPR) doit être prise en charge de façon suffisamment formalisée pour que l’obligation de moyens soit véritablement respectée.

On ne peut pas garantir de trouver une solution satisfaisante pour tous dans 100% des cas, mais il faut que dans 100% des cas on se donne les moyens d’y parvenir. Et en aucun cas il s’agit de considérer que la mise à la retraite forcée, sans que la personne puisse bénéficier d’une retraite convenable, soit une solution normale.

Par ailleurs, pour prévenir les situations d’inaptitude aux postes occupés, il faut veiller à former les personnels tout au long de leur vie professionnelle et travailler sur la polyvalence des tâches (par exemple pour éviter les Troubles Musculo Squelettiques), renforcer les procédures de mobilité interne volontaire, notamment par des permutations de postes. Cette attention à la formation et à la mobilité doit concerner toutes les catégories et ne pas se limiter aux personnes jugées les plus méritantes par leur hiérarchie.

4/ Effectifs et qualité de travail des agents

Nous voulons renforcer le service public par l’ouverture de postes au recrutement de fonctionnaires, soit en améliorant des services déjà existants, soit en créant de nouveaux services pour des besoins non satisfaits. Dans le contexte d’austérité et d’encadrement autoritaire des budgets municipaux et communautaires que nous connaissons, la croissance de l’emploi et en particulier des emplois statutaires sera forcément limitée, mais nous mettrons les arbitrages à réaliser en débat avec tous les acteurs concernés.

5/ Engagements concernant l’hygiène et la sécurité

Notre objectif est de parvenir à la diminution des accidents du travail en donnant toute sa portée à la prévention des risques professionnels au travail, en appui sur le registre d’hygiène et sécurité, le document unique et la concertation avec les organisations représentatives du personnel.

6/ L’association du personnel

Nous pensons que les activités sociales et culturelles du personnel sont un aspect très important du fonctionnement de la collectivité, aussi bien pour les opportunités qu’elles offrent que du point de vue du climat global des services. Nous ne connaissons pas suffisamment le dossier pour nous engager plus précisément.

7/ Délégations de service public et privatisations

Nous sommes opposés au principe de délégation ou de privatisation de secteurs d’activité que la collectivité peut assurer elle-même. Nous souhaitons élargir les savoir-faire et compétences de notre collectivité. Même quand il est compliqué, au moins à court terme, de créer un service public, la collectivité doit dépendre le moins possible d’officines privées, et s’assurer de la bonne utilisation des fonds publics (efficacité, rationalité, probité…).

Cela suppose d’avoir des savoirs, des compétences pour agir. Il est donc important de garder des compétences humaines dans les services des collectivités, avec une expertise technique. Lorsque les compétences ont été perdues, leur reconstitution s’avère très difficile. Bien entendu, il s’agit aussi d’accompagner les transformations des services publics locaux, pour répondre à l’émergence de nouveaux besoins ou aux exigences liées à la bifurcation climatique et au changement de regard sur la nature que nous appelons de nos vœux. C’est en particulier le cas en ce qui concerne les serres de Beauvoir et le Centre équestre. Mais il s’agit alors de programmer les évolutions nécessaires de façon négociée.

8/ Rôle de la police municipale

Nous sommes opposés à l’armement de la police municipale, sous toutes ses formes (y compris une brigade cynophile) et favorable au développement des missions orientées vers la prévention des incivilités et la médiation lors des situations de conflits. Nous faisons le choix politique lucide, assumé et réfléchi, d’une autre vision de la tranquillité publique que celui de la répression : le choix de la prévention, du lien social, de la proximité humaine. La sécurité et la tranquillité publique se construisent patiemment, collectivement par le renforcement du tissu social.

9/ Propositions alternatives pour la sécurité du quotidien

En sus des policiers municipaux, des agents de surveillance de la voie publique (ASVP), des médiatrices et médiateurs seront présents dans l’espace public. Assermentés, familiers de la population, ils assureront l’essentiel des missions relevant de la police administrative de la route, de la police de proximité, voire judiciaire (pour les dépôts sauvages).

Les conciergeries de quartier que nous souhaitons créer contribueront aussi à l’apaisement des relations entre habitant.es, ainsi que la présence d’éducateurs de prévention, le soutien à l’insertion socioéconomique, les initiatives sociales et culturelles et la vitalité des quartiers, en veillant au maintien des commerces et en organisant des événements populaires.

En revanche, la lutte contre la délinquance et le trafic de drogues est de la responsabilité de l’État, qui ne doit pas s’en défausser sur les municipalités. Depuis vingt ans, les gouvernements successifs ferment des commissariats, réduisent les effectifs, réorientent les missions de la police nationale vers la répression, au détriment du lien social, de l’enquête, de la prévention.

Les liens de confiance entre la police et la population se sont détériorés. Recréer une police de proximité, avec des effectifs sur le terrain et recourant à la méthode de l’îlotage, repenser la police comme un bien commun républicain, au service de toutes et tous est une bataille politique. Un partenariat fort doit exister entre la police nationale et la police municipale, mais sur la base d’une complémentarité des missions, sans transformer la seconde en auxiliaire de la première.

10/ Soutien aux activités culturelles

Les dix Maisons de quartier de Poitiers jouent un rôle fondamental par leurs actions en faveur de l’enfance et de la jeunesse, leurs actions sociales, leurs animations, leur offre de loisirs et leurs spectacles. De plus en plus, des initiatives écologiques et solidaires y sont prises, comme les jardins partagés ou les ateliers de réparation coopératifs. Elles sont à encourager dans tous les quartiers. Le soutien de la collectivité à toutes nos Maisons de quartier doit rester total face à la crise de financement qu’elles rencontrent ces dernières années.

La culture joue un rôle particulier dans le développement des liens humains. Nous renforcerons le soutien de Poitiers et de Grand-Poitiers aux initiatives culturelles proposées par les habitant.es, en concertation avec les Maisons de quartier, mais aussi « hors les murs ». Il s’agit notamment de développer et de valoriser les moments de rencontre interculturelle, de fête et de convivialité proposés par les associations et les collectifs des quartiers, mais aussi d’inclure plus fortement leurs propositions dans la programmation culturelle.

Nous veillerons à ce que les soutiens à ces initiatives soient répartis de façon équitable entre les différents quartiers et les différents secteurs du centre-ville. Nous maintiendrons les grands événements fédérateurs, comme le festival Les Expressifs et le Carnaval. Nous souhaitons également mettre à l’étude la création d’un festival mettant en valeur le dialogue interculturel, la mémoire et l’histoire des habitant.es de Poitiers, dans leur diversité d’origine, ainsi qu’un événement culturel et artistique consacré à des figures féminines, unies par un lien thématique, l’une des figures féminines étant choisie en dehors de l’aire culturelle occidentale.

Nous soutiendrons également le développement des résidences d’artistes et d’espaces de création culturelle, gérés par des collectifs d’artistes, pour qu’ils disposent des conditions matérielles nécessaires à la production et au rayonnement de leurs créations. Nous utiliserons si nécessaire le droit de préemption et la municipalisation de bâtiments.

Les bibliothèques et les ludothèques, le Musée Sainte-Croix, l’Espace Mendès-France ou le Confort Moderne constituent des atouts pour la ville. Il faut veiller à assurer leur développement et l’élargissement des jours et horaires d’ouverture (après étude, en concertation avec les usagers et les agents).

Le Théâtre Auditorium de Poitiers, scène nationale de Grand-Poitiers, est lui aussi un outil important pour la diffusion locale d’œuvres de qualité, reconnues à l’échelle nationale et internationale. Nous souhaitons qu’il intensifie ses actions de démocratisation en direction des établissements scolaires et des classes populaires. Nous proposons aussi que le TAP, le Palais d’Aliénor et l’ancien théâtre soient des lieux de valorisation de la création locale.

Chacune, chacun doit pouvoir garder la forme et s’épanouir dans des activités physiques et sportives. Nous développerons les équipements sportifs dans les espaces publics, en veillant à leur diversité et à leur caractère inclusif. Nous soutiendrons les initiatives développant la coopération et l’inclusion, comme les tournois inter-quartiers, mixtes et inter-sports.

Nous renforcerons la formation de tous les intervenant.es, pour lutter contre les comportements dévalorisants pour les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes en surpoids ou celles en situation de handicap. Sans perdre de vue l’excellence sportive, notre action favorisera les pratiques non professionnelles de toutes les disciplines, en tenant compte notamment du nombre de licencié.es.
Nous veillerons à un partage équitable des équipements, en privilégiant les espaces multifonctionnels utilisables par les élèves, en concertation avec les associations, les clubs et les établissements scolaires.

11/ Projets pour le grand âge

Les besoins sont immenses. Il faut consolider le réseau des services publics de l’aide à domicile et des résidences intergénérationnelles, des résidences autonomie et des EHPAD, et veiller à la qualité des services, en concertation avec les personnes accueillies, leurs familles et les personnels. Nous examinerons la possibilité de supprimer toute aide publique aux structures privées de ce secteur.

En lien avec le réseau associatif, nous proposons aussi de développer l’aide aux personnes isolées, pour garantir leurs droits à la sécurité, à la mobilité, aux loisirs et à une ville adaptée (voitures et bus à la demande, bancs ombragés, aménagements des trottoirs, rambardes le long des cheminements piétons…). Il faut également aider les aidant.es, en développant les formations et en les sensibilisant à leurs droits.

12/ Projets pour les crèches

Nous apporterons un soutien renforcé aux crèches, pour améliorer les conditions d’accueil et rendre les métiers de la puériculture et de l’éducation des jeunes enfants plus attractifs. Nous examinerons la possibilité de supprimer toute aide publique aux structures privées de ce secteur. Pour que les parents de jeunes enfants puissent travailler, chercher un emploi ou disposer de temps libre, nous proposons de développer des accueils à temps partiels et en horaires atypiques, pour tous les publics, notamment pour les parents qui travaillent à temps partiel et les « parents solo », qui sont le plus souvent des femmes. Nous examinerons les solutions les plus adaptées à cette action, en concertation avec les usagers et les personnels.

13/ Mêmes droits pour toutes les agentes et agents des trois collectivités territoriales

Nous n’avons pas tranché ces questions. Nous les examinerons après étude des incidences budgétaires et en termes de fonctionnement.

14/ Animateurs périscolaires, ATSEM

Pour garantir le bon fonctionnement des écoles et des équipes éducatives, le statut des personnels communaux (ATSEM, animateurs périscolaires, etc.) doit être amélioré, en poursuivant la politique de dé-précarisation et en facilitant les emplois à temps plein et l’accès au statut de fonctionnaire. Il doit y avoir une ATSEM dans chaque classe et des ATSEM chargées des remplacements.

15/ Déroulement de carrière linéaire

Nous sommes favorables à la sécurité du déroulement de carrière tout au long de la vie et au 100% promouvables. En ce qui concerne les ATSEM agents de maîtrise, il semble que la nouvelle organisation hiérarchique ne donne pas entière satisfaction à toutes et tous. Il faudra en discuter.

16/ Équipements sportifs en gestion publique

Nous conserverons nos équipements sportifs en gestion publique. Nous mettrons à l’étude les moyens financiers et humains permettant leur fonctionnement.

17/ Maintien des règles existantes pour les promotions

Nous sommes favorables à la sécurité du déroulement de carrière tout au long de la vie et au 100% promouvables.

18/ Ouverture de négociations concernant l’augmentation du régime indemnitaire

C’est un point qui reste à discuter. Nous sommes plutôt favorables à l’augmentation du point d’indice.

19/ Règlement du temps de travail

C’est un point que nous n’avons pas tranché.

20/ Régime indemnitaire au mérite

Nous sommes opposés au régime indemnitaire au mérite.

21/ Accès au stationnement gratuit

La gratuité des parkings durant le temps de travail doit être un objectif, à envisager en fonction des contraintes budgétaires.

22/ Gestion des parkings en régie municipale

Nous y sommes favorables.

23/ Une fonction publique de carrière

C’est un de nos points forts de favoriser la fonction publique de carrière.

24/ Gestion de l’eau

Nous sommes très favorables au maintien du service public de l’eau.

25/ Salles de réunion pour que les agents se réunissent

Nous sommes en faveur de la démocratie sociale et républicaine tant pour le personnel que pour la population. Des salles de réunion doivent être mises à disposition pour que vive cette démocratie.

26/ Notre message aux agents

Nous souhaitons mettre à profit une participation effective des personnels au bon déroulement du service public municipal pour répondre au mieux, compte tenu des moyens disponibles, aux besoins de la population de la ville de Poitiers. Les organisations syndicales représentatives sont pour nous indispensables au développement d’une démocratie interne à notre collectivité qui doit être un des vecteurs du développement de la démocratie de notre ville.

Pour Poitiers en Commun,
Bertrand GEAY

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